100 motos de guerre à 30 mètres de fond depuis 85 ans
24 เมษายน 2569
Deux bombes ont brisé un navire de ravitaillement britannique en 1941. Quatre-vingt-cinq ans plus tard, ses motos, camions et locomotives reposent exactement là où l'équipage les avait arrimés.
À 16 mètres, la proue apparaît — droite, couverte de concrétions, assez large pour remplir tout le champ de vision. En longeant la coque vers la poupe, les dégâts commencent : des plaques d'acier arrachées comme du papier d'aluminium, une brèche assez large pour qu'une palanquée entière s'y engouffre. Au-delà, dans la cale n° 2, des rangées de motos BSA et Norton se dressent dans la pénombre. Guidons intacts, rayons encore ronds. Elles n'ont pas bougé depuis qu'une grue du quai de Glasgow les a déposées en juin 1941.
Ce qui a coulé le Thistlegorm
Le 6 octobre 1941 à 1 h 30 du matin, deux bombardiers Heinkel He 111 de la Luftwaffe repèrent le SS Thistlegorm mouillé dans le détroit de Gubal, près de la pointe sud du Sinaï. Le navire attendait l'autorisation de franchir le canal de Suez, chargé de ravitaillement pour la 8e armée britannique en Afrique du Nord. Deux bombes d'environ 2,5 tonnes chacune frappent la cale n° 4, à l'arrière. Les munitions stockées à l'intérieur explosent en chaîne. Quatre membres d'équipage et cinq canonniers de la Royal Navy périssent. Le navire se brise et coule en quelques minutes.
Le Thistlegorm avait été lancé un an plus tôt, en avril 1940, au chantier Joseph Thompson & Sons de Sunderland. Il appartenait à la flotte « Thistle » de l'Albyn Line, tous baptisés d'après le chardon, emblème national de l'Écosse. Sa machine à vapeur à triple expansion développait 1 850 chevaux — modeste pour l'époque, mais suffisant pour les convois en Méditerranée et autour du cap de Bonne-Espérance.
Un manifeste de cargaison figé dans l'eau salée
Ce qui rend le Thistlegorm exceptionnel, ce n'est pas son naufrage. Les épaves de guerre jalonnent tous les océans. Ce qui le distingue, c'est la cargaison — presque intégralement conservée à bord.
Les cales avant, épargnées par les bombes, renferment un échantillon complet de la chaîne logistique militaire de 1941 :
- Motos — plus de 100 Norton 16H et BSA M20, beaucoup encore sur leurs roues
- Camions — Bedford OY et Morris CS8, alignés en rangs
- Blindés — Universal Carrier Mk I chenillés
- Armes légères — fusils Lee-Enfield .303, mitrailleuses Bren, caisses de munitions
- Équipement — bottes Wellington, postes radio, pièces d'avion, matériel médical
- Wagons — plateaux ferroviaires destinés aux infrastructures égyptiennes
L'état de conservation est saisissant. L'eau salée et la vie marine ont adouci chaque surface, mais les formes restent parfaitement lisibles — le kick d'une moto, le volant d'un camion, la culasse d'un fusil. Quatre-vingt-cinq ans d'immersion ont transformé les cales en un espace entre arsenal et muséum d'histoire naturelle.
Deux locomotives sur le sable
La cargaison la plus spectaculaire n'a jamais vu l'intérieur d'une cale. Deux locomotives à vapeur LMS Stanier Class 8F — plus de 70 tonnes chacune — étaient arrimées en pontée sur le pont arrière, destination les chemins de fer nationaux égyptiens. Quand la cale n° 4 a explosé, le souffle les a projetées par-dessus bord. On les retrouve aujourd'hui sur le fond sableux, une de chaque côté de l'épave, à environ 30 mètres de profondeur.
Nager hors de la coque et tomber sur une locomotive grandeur nature posée sur le sable, tender à charbon encore attelé, poissons tournant autour, corail incrusté partout — c'est l'une de ces expériences que seule la plongée sur épave peut offrir.
Profondeur et accès
Le Thistlegorm repose dans le détroit de Gubal, à peu près à mi-chemin entre Sharm el-Sheikh et Hurghada, sur la côte égyptienne de la mer Rouge.
- Point le moins profond — 16 m (proue)
- Cales — 18–25 m
- Point le plus profond — 32 m (hélice et poupe)
- Température — 22–30 °C (min. janv.–mars)
- Visibilité — 20–30 m, réduite quand plusieurs bateaux brassent le sédiment
La plupart des plongeurs accèdent au Thistlegorm en croisière plongée. Les itinéraires nord de la mer Rouge — généralement six à huit jours — prévoient deux à trois plongées sur l'épave. Les bateaux à la journée au départ de Sharm el-Sheikh mettent trois heures par trajet, ce qui limite le temps au fond.
PADI recommande le niveau Advanced Open Water ou équivalent. De forts courants balayent régulièrement le détroit, et on descend le long du bout d'amarrage. Le Nitrox 32 % prolonge le temps sans palier à la profondeur moyenne des cales (24 m) d'environ 25 minutes à l'air à plus de 35 minutes — un gain précieux sur une épave de cette taille.
Quand y aller
On plonge en mer Rouge toute l'année, mais les meilleures conditions sur le Thistlegorm se présentent d'avril à juin et de septembre à novembre : eau à 26–29 °C, courant gérable, bonne visibilité. Juillet-août offre la température maximale mais aussi l'affluence maximale avec les vacanciers européens. De décembre à février, la température descend à 22–24 °C et la mer de surface peut être agitée.
L'heure de la journée compte autant que la saison. Ceux qui se mettent à l'eau à l'aube — avant l'arrivée des bateaux de Sharm vers 10 h — profitent d'une visibilité quasi vierge. À midi, les palmes de dizaines de plongeurs soulèvent le sédiment dans les cales, et les motos disparaissent derrière un voile brun.
Le compte à rebours
En novembre 2025, des chercheurs des universités d'Alexandrie et d'Édimbourg ont publié, dans le cadre du Thistlegorm Project, une comparaison de relevés photogrammétriques de 2017 et 2022. Les résultats alertent : des structures lourdes se sont déplacées, des objets ont été prélevés, le champ de débris s'est étendu. Les causes : corrosion naturelle, pratiques d'amarrage inadaptées et contact direct des plongeurs.
Des milliers de plongeurs visitent l'épave chaque année. Les bulles accélèrent l'oxydation des structures en surplomb, les palmes plient le métal fragile, des objets de petite taille disparaissent saison après saison. La base 3D du Thistlegorm Project permet désormais aux chercheurs de quantifier ces changements. L'objectif n'est pas d'interdire la plongée, mais de fournir les données nécessaires à de meilleurs systèmes d'amarrage, des quotas de plongeurs et l'application stricte de l'interdiction de toucher.
Combien ça coûte
- Croisière économique — USD 1 150–1 500 par personne, 6–7 nuits, cabine partagée, 18–22 plongées
- Gamme intermédiaire — USD 1 500–1 900, cabine twin, 20–24 plongées, Nitrox souvent inclus
- Premium — USD 1 900–2 200+, petits groupes (max. 16–20 plongeurs), salle de bain privée
En basse saison (juin–septembre), des réductions de 20 à 30 % sont courantes. Les droits d'entrée au parc marin (USD 7–25 par jour) sont parfois inclus, parfois en sus. Les vols aller-retour depuis l'Europe vers Sharm el-Sheikh ou Hurghada tournent autour de 200–400 EUR, ce qui rend le coût total d'une semaine de plongée sur épave inférieur à celui de nombreuses croisières comparables dans l'Indo-Pacifique.
Un musée sans murs
Jacques Cousteau a retrouvé le Thistlegorm au début des années 1950, guidé par des pêcheurs locaux. Il a filmé ce qu'il a vu, mais n'a pas divulgué la position — un choix qui a protégé l'épave pendant trois décennies. Quand la plongée de loisir a pris son essor dans les années 1990, le secret a été éventé.
Quatre-vingt-cinq ans après que deux bombes lui ont brisé l'échine, le Thistlegorm reste la fenêtre la plus accessible au monde sur une chaîne logistique de guerre. Les motos sont toujours là. Les locomotives projettent toujours leurs ombres. Les fusils reposent toujours dans leurs caisses. Mais chaque saison, un peu plus de rouille, un peu plus de déplacement, un peu plus de disparition. L'épave n'attend pas — elle se décompose à un rythme mesurable.
Pour qui envisage un voyage en mer Rouge, le Thistlegorm n'est pas une case à cocher. C'est une échéance.
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